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La canicule et la voix

  • il y a 1 jour
  • 2 min de lecture

 

Depuis quelques jours, j’ai la voix asséchée. Je ne trouve plus les mots, ils veulent passer mes lèvres et perdent l’humidité de la prononciation. Ils arrivent secs, déformés, à peine reconnaissables. C’est comme s’ils avaient perdus leurs sens.


Je suis enfermée depuis une semaine avec mon fils. Il n’y aura pas de nounou, il fait trop chaud dans sa maison. Il y a donc l’enfant, et le compagnon qui s’adapte lui aussi, essayant de le garder pour que je travaille. Je tourne en rond, les phrases que je lis deviennent floues, elles perdent leurs densités.


Je regarde le thermomètre une fois. Deux fois. Trois fois. Je reviens quelques heures plus tard, quelques minutes, quelques secondes. L’obsession de la diminution. Quand vais-je pouvoir respirer à nouveau ? Nous avons fermé les portes, les volets, les rideaux. Nous avons allumé le ventilateur, et le déshumidificateur, nos souffles saturant l’air du salon.


Et pourtant, dans ma tête résonne la conscience de ma réalité : le privilège de deux pièces qui se stabilisent dans une chaleur raisonnable, les gros murs en pierre de la maison, la douceur du foyer aimant. Je ne suis pas coincée sous les toits, je n’ai pas à survivre à la violence qui se déploie à l’intérieur des murs clos. Sauf que… La raison n’est plus là. Je suis une louve en cage. Le désespoir qui survient lorsque je sens dans mes chairs ce qui se profile gangrène la pensée. Et la rage de voir les moins nanti.es que moi, souffrir de ce qu’on tente de taire.


Les mots me manquaient, c’est désormais le son qui défaille. Je sens la voix qui commence sa lente extinction. L’eau descend, mais n’abreuve pas. Comme si la canicule dévoilait ce que je perds à chaque fois que j’entends le monde se mettre à bouillir. La voix. La parole. Les mots.


Je refuse cette perte. J’avais promis un texte sur mon rapport à la lecture à voix haute que je peine à écrire. Mais voilà peut-être un élément : je refuse de perdre la voix, je refuse qu’on m’ôte la voix. Parce que je veux mettre celle-ci au service des autres, des moins privilégié.es, des urgences politiques face au réchauffement climatique. Plus nous serons nombreux à élever la voix, à répéter encore et encore, dans toutes les langues, dans toutes les formes, que demain est encore possible mais pas sans entendre la terre qui brûle, nous aurons peut-être une chance.


Alors me revoilà à mon bureau, à tenter de trouver les mots, à tenter de trouver ce qui dans la littérature fera mouche pour toucher au cœur.



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