Histoire de ma gueule, Elissa Kayal
il y a 3 jours
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Il y a la gueule et il y a le monde - la gueule qui tente d'y entrer, de s'y faire une place, de se le faire rentrer dedans, ce monde vaste et brutal et rempli à craquer de matière incisive et de matière douce, monde où la question du pays demeure béante, sans lieu où poser sa mémoire, son désir, ses langues. C'est à son seuil qu'Elissa Kayal fracasse l'histoire de sa gueule, histoire d'une parole trouée qui se cogne, se durcit, résiste et veut tout de ce monde : y aimer, y danser, s'en gorger jusqu'à l'excès malgré la violence de la guerre et des exils, et qui, dans cette collision même entre l'inconvénient de naître et la tentation d'être au monde, se découvre pour remède une « horrible envie de vivre ».

Elissa Kayal nous raconte la création et la construction de sa gueule, de son corps, de ce qui la constitue. Dans ce recueil de poème, où l'enfance, la mère, la terre sont invoquées comme des talismans, elle fait le lien avec ce qui n'est plus, plus tout à fait comme avant. Qui n'existent plus que comme fantômes qui hantent mais qui pourtant existent bel et bien. Car ces bribes d'avant, elles construisent un être en chantier, en mouvement, qui doit porter "sa maison autour du cou". Seule reste une question :
Comment fait-on pour se dessiner une maison lorsque le pays d’où l’on vient est ravagé par le génocide ? Un texte épidermique, bouleversant.
Histoire de ma gueule, Elissa Kayal, L'Oie de Cravan





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